L'ESTHÉTIQUE
"La laideur se vend mal" proclamait Raymond
Loewy, le plus connu du grand public parmi les pères
fondateurs du design. La formule est parlante, mais
elle est souvent mal comprise.
Beauté et laideur sont des notions très
relatives. Le premier Walkman Sony, la 2CV Citroën
ou le VéloSolex étaient-ils beaux ? Pas
vraiment. Et peu importe. Ils constituaient de vraies
innovations, apportaient de réels nouveaux services,
correspondaient à l'esprit pionnier de leurs
marques fondatrices et ils avaient leur logique et leur
cohérence propres. Bref, ils possédaient
une réelle et forte personnalité. Celle-ci
a tout naturellement séduit les consommateurs.
Le design est apparu, en particulier en France, par
le biais de la formule esthétique industrielle.
Mais, très vite, celle-ci s'est révélée
trop restrictive. D'ailleurs, la préoccupation
esthétique de Raymond Loewy et des premiers designers
qui lui ont emboîté le pas était
déjà au service d'ambitions plus larges:
il s'agissait de redonner une âme à la
production industrielle, de la traiter avec une approche
plus humaine. Autrement dit, il s'agissait de mieux
prendre en compte le consommateur. Même si ce
n'était pas revendiqué ainsi, cela relevait
finalement d'une démarche très marketing.
Ces designers, tout en affirmant leur désir de
créer un monde plus harmonieux, avaient aussi
le souci de l'ergonomie et des contraintes économiques.
Les designers actuels, également, utilisent l'esthétique
à d'autres fins que la seule recherche du beau.
En intervenant sur la forme des produits, ils réussissent
à les rendre mieux compréhensibles, moins
encombrants et plus faciles, voire moins dangereux à
utiliser. Souvent, ils reconsidèrent la structure
des produits, en réduisant le nombre des composants
et en simplifiant les mécanismes, et ils parviennent
ainsi à diminuer leur coût.Certaines entreprises
continuent de considérer le design comme de la
chirurgie esthétique et d'y recourir en dernier
ressort: soit pour offrir une ultime touche de maquillage
à un produit prêt à être commercialisé,
soit pour redonner une nouvelle jeunesse à un
produit qui s'essouffle. Ces "liftings", pratiqués
dans l'urgence, peuvent avoir un effet bénéfique.
Mais ils ne permettent pas au design de fournir la pleine
mesure de ses capacités. Et l'entreprise n'en
tire qu'un profit partiel et de courte durée.
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